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Mieux communiquer pour mieux coopérer!

Les informations produites et créées par les hommes et femmes sont des ressources clés pour agir et produire. Toute organisation a besoin d’une communication fluide, claire et pertinente. Or, trop souvent, dans les équipes de travail, la communication entre les personnes rencontre des obstacles menant régulièrement à des malentendus voire même des conflits, du stress ou de la démotivation, c’est à dire l’inverse de la situation recherchée.

En optimisant ses compétences relationnelles et émotionnelles, chacun à son niveau peut contribuer à l’amélioration du climat de l’organisation et à la diminution des pertes engendrées par le stress, les conflits relationnels et les insatisfactions des partenaires, associés, collaborateurs et clients. Les résultats s’en trouvent améliorés notablement et le bien être au travail est profitable à tous, individus et société.

Ce qui m’importe le plus c’est de contribuer à créer une qualité de relation de façon que chacun existe pleinement, soit authentique et se sente à sa place et reconnu pour sa contribution à un enrichissement de l’entité : famille, entreprise, groupe, société, humanité !…

Mes priorités :

  • Former et contribuer au développement des ressources humaines en accroissant le potentiel relationnel et en diminuant conflits et stress.
  • Accompagner des équipes et des individus dans des périodes de changement ou d’évolution des « entreprises » et organisations.
  • Aider chacun à révéler sa pleine valeur et donner de la valeur au travail !

Clémence Sarl intervient prioritairement en région PACA, et en Poitou-Charentes et Aquitaine.

Thierri Mourman

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Les mots sont des fenêtres

 
 Marshall Rosenberg : extrait du livre «Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs », publié en France aux éditions La Découverte Syros en 1999.

"Alors que je présentais la Communication non violente dans une mosquée du camp de réfugiés de Deheisha, à Bethléem, devant quelque cent soixante-dix musulmans palestiniens, j'entendis soudain une rumeur parcourir l'assistance et enfler. "Ils murmurent que vous êtes américain !" m'expliqua mon interprète. A cet instant, un homme se leva d'un bond et, me regardant droit dans les yeux, hurla : "Assassin !" Un chœur de voix renchérit aussitôt : "Meurtrier !" "Tueur d'enfants !" "Assassin !" Par chance, je parvins à diriger mon attention sur ce que l'homme ressentait et sur le besoin que son message exprimait. Dans ce cas précis, j'avais eu quelques indices : ce matin-là, en arrivant au camp de réfugiés, j'avais vu les grenades de gaz lacrymogène qui avaient été lancées sur le camp la veille au soir. Sur chacune d'elles apparaissait clairement la mention "Made in USA". Je savais que les réfugiés en voulaient énormément aux Américains qui fournissent à Israël des gaz lacrymogènes et d'autres armes.

Je m'adressai donc à l'homme qui m'avait traité d'assassin :

- Vous êtes en colère car vous aimeriez que mon pays utilise ses ressources autrement ? (Je n'étais pas certain de viser juste, mais l'essentiel était que je m'efforce en toute sincérité d'identifier ses sentiments et ses besoins.)

- Un peu que je suis en colère ! Vous croyez qu'on a besoin de gaz lacrymogènes ? Nous avons besoin de fosses septiques, mais pas de vos gaz lacrymogènes ! Nous avons besoin de logements ! Nous avons besoin d'un pays à nous.

- Vous êtes donc furieux et vous aimeriez que l'on vous aide à améliorer vos conditions de vie et à accéder à l'indépendance politique ?

- Vous savez ce que c'est que de vivre ici ? Moi, ça fait vingt-sept ans que j'y suis avec ma famille, mes enfants... Est-ce que vous avez la moindre idée de ce que nous endurons ?

- Vous semblez désespéré et on dirait que vous vous demandez si quiconque peut réellement comprendre ce que c'est que de vivre dans ces conditions.

- Ah, vous voulez comprendre ? Dites-moi, avez-vous des enfants ? Ils vont à l'école ? Ils ont des terrains de jeux? Eh bien moi, mon fils est malade. Il joue dehors, dans les égouts. Dans sa classe, ils n'ont pas de livres ! Vous avez déjà vu une école où il n'y a  pas de livres, vous ?

- Je constate qu'il vous est très pénible d'élever vos enfants ici. Vous aimeriez que je sache que ce que vous voulez, c'est ce que tous les parents souhaitent pour leurs enfants: une bonne éducation, la possibilité de jouer et de grandir dans un environnement sain...

- Exactement ! Ce sont des droits fondamentaux ! C'est le b.a.-ba des droits de l'homme

- c'est comme ça que vous appelez cela en Amérique, non ? Pourquoi ne venez-vous pas plus nombreux pour voir à quoi ils ressemblent les droits de l'homme que vous nous apportez ?

- Vous voudriez que davantage d'Américains prennent conscience de l'ampleur de vos souffrances, et qu'ils s'interrogent plus sérieusement sur les conséquences de nos actes politiques ?

Notre dialogue se poursuivit, et mon interlocuteur exprima sa souffrance pendant une bonne vingtaine de minutes. Je l'écoutai, cherchant à repérer les sentiments et les besoins implicites dans chacune de ses déclarations. Je n'approuvais ni ne désapprouvais ses propos. Je me contentais de recevoir ses paroles, non comme des attaques, mais comme un don de l'un de mes semblables qui cherchait à me faire partager ses rancœurs et son profond sentiment de vulnérabilité.

Une fois qu'il se sentit compris, il fut à même de m'écouter tandis que j'exposai les raisons de ma visite au camp. Une heure plus tard, celui qui m'avait traité d'assassin m'invitait chez lui à partager son dîner de Ramadan."

 

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Marshall Rosenberg : La Communication non violente
par Brigitte Longerich

La violence est aujourd'hui présente partout, elle rend l'existence difficile à l'ensemble de l'humanité.

Que ce soit au quotidien dans les rapports familiaux ou professionnels ou à plus large échelle dans des interactions politiques, économiques ou sociales, la violence naît de l'absence de bienveillance à l'égard de soi-même et des autres.

« TOUTE critique, tout jugement à l'égard d'autrui n'est que l'expression d'un besoin non satisfait.» Telle est la conviction de Marshall B. Rosenberg, psychologue américain fondateur de la «communication non violente» (CNV). La CNV est actuellement considérée comme une méthode qui a fait ses preuves dans le domaine de la résolution de conflits: bien comprise et appliquée selon quelques règles fort simples, elle offre les moyens de désamorcer rapidement le processus de la violence et permet à la personne «agressée» de se connecter réellement à son interlocuteur (agresseur).


Le langage «girafe»

«Tu fais exprès de rentrer toujours aussi tard et de me faire attendre avec le souper», fulmine l'épouse excédée.
«Vous pourriez arrêter de me sonner toutes les dix minutes alors que vous savez très bien que je suis débordée», explose l'infirmière face au patient.
«Lui? De toute façon ce n'est qu'un malade mental», affirme cette jeune femme après une altercation avec son père.
Toutes ces phrases sont l'expression d'une relation biaisée à l'autre, basée à la fois sur des rapports de pouvoir et sur une insatisfaction latente. Marshall Rosenberg appelle ce type de rapports le «fonctionnement chacal», c'est-à-dire un fonctionnement fondé sur l'attente, le contrôle et la culpabilisation. «Je veux que tu fasses ce que j'attends de toi, sinon cela signifie que tu ne m'aimes pas» est un exemple-type de ce schéma de fonctionnement.
Au chacal, on peut par contre répondre en langage « girafe », cet animal symbolique ayant été choisi parce qu'il est le mammifère doté du cœur le plus gros. Le langage «girafe» est un langage de bienveillance, de non jugement et d'empathie par lequel on se met à l'écoute de ses besoins profonds et de ceux de son interlocuteur.


La démarche de la CNV
La démarche de la communication non violente se résume en quatre points:
j'observe un comportement concret qui affecte mon bien-être
je réagis à ce comportement par un sentiment
je cerne les désirs, besoins ou valeurs qui ont éveillé ce sentiment
je demande à l'autre des actions concrètes qui contribueront à mon bien-être.
Le premier point mérite quelques explications, car nous avons tendance à procéder à des évaluations plutôt qu'à des observations. A titre d'exemple, quelques phrases que l'on entend fréquemment:
Pierre écrit très mal
Jacques est un mauvais footballeur
Tu n'es jamais à l'heure
Chacune de ces affirmations comprend une évaluation. Voici ce qu'elles donneraient s'il s'agissait vraiment d'observations:
Je n'arrive pas à déchiffrer l'écriture de Pierre
En vingt matches, je n'ai pas vu Jacques marquer un seul but
Je dois souvent t'attendre lorsque je viens te chercher
Je réagis à ce comportement par un sentiment. Ici, il importe de ne pas se tromper sur ce qu'est un sentiment et de veiller à ne pas utiliser des mots qui sont en réalité des interprétations de ce que l'autre nous fait ou des jugements que l'on porte sur soi.
En disant «je dois souvent t'attendre lorsque je viens te chercher», je peux me sentir énervé, ennuyé, contrarié, chagriné, amer ou encore résigné, soit.
Mais si j'ai l'impression d'être déconsidéré, ignoré, méprisé ou négligé, je me livre à une interprétation de l'attitude de l'autre qui n'est peut-être en rien conforme à la réalité.
Je cerne les besoins, désirs ou valeurs qui ont éveillé ce sentiment. Dans la situation évoquée ici, la personne aurait simplement besoin de ne pas perdre chaque jour son temps à attendre. Une fois ce besoin identifié, la demande sera facile à formuler: «Je souhaiterais que tu sois à l'heure lorsque je viens te chercher, parce que cela m'ennuie de perdre mon temps.»


Le pouvoir des mots
La Communication non violente est fondée sur l'idée que les rapports de pouvoir entre les êtres humains n’ont aucune raison d’être. Malheureusement, l’immense majorité des gens ont été éduqués conformément à un moule dans lequel tout était soumis à des rapports de pouvoir – celui-ci étant incarné par différentes autorités. Parents, école, église, armée, parti politique, monde professionnel : partout les rapports sont hiérarchisés et le fonctionnement des diverses institutions est calqué sur un schéma identique : ce que l’on fait est juste ou faux, bien ou mal, stupide ou intelligent, permis ou défendu.
«Nous vivons ainsi notre vie avec des schémas plein la tête; ceux-ci font de nous des marionnettes, des morts-vivants. Incapables d'écouter nos besoins profonds et ceux des personnes que nous sommes amenés à côtoyer, nous ne pouvons que cataloguer, critiquer, juger et nous enfermer nous-mêmes dans un monde de chacals», argumente Marshall Rosenberg.
Or comment peut-on dire qu'une action est juste ou fausse? La seule question pertinente à se poser est de savoir ce qui a motivé cette personne à choisir tel ou tel comportement dans une situation donnée. Les mots que l'on prononce peuvent ériger des murs entre les gens; ils peuvent aussi ouvrir des fenêtres et rendre la communication non seulement possible, mais enrichissante pour les deux parties.


Changer d'oreilles
Au cours des nombreux séminaires et cours qu'il organise dans le monde entier, Marshall Rosenberg illustre ses propos en utilisant des «oreilles de girafe» et des «oreilles de chacal» qu'il met sur sa tête au moment où il interprète l'une ou l'autre attitude. Les oreilles de girafe sont de grandes oreilles attentives et ouvertes, qui savent
déchiffrer un besoin au-delà des mots. Alors que le chacal n'entend que la critique et réplique du tac au tac, provoquant l'engrenage de la violence. Ainsi lorsque l'infirmière dit au patient «vous pourriez arrêter de me sonner toutes les dix minutes, alors que vous savez très bien que je suis débordée», le patient, au lieu de se sentir agressé et dévalorisé, peut entendre derrière cette remarque: «je suis épuisée, cela me peine de ne pouvoir répondre à votre demande, mais j'ai besoin d'un peu de répit».
Cette nouvelle manière d'écouter porte ses fruits, comme l'illustrent les différentes situations évoquées dans cet article.

L'inutile punition
Les principes de la CNV sont applicables à tout moment dans des situations quotidiennes pas forcément dramatiques, où ils peuvent contribuer à faciliter les relations humaines. Mais cette méthode porte également ses fruits dans de multiples domaines où l'on a parfois l'impression d'être dans l'impasse. Marshall Rosenberg intervient régulièrement en tant que «diplomate de la paix» dans des régions du globe où des populations s'entre-déchirent (Moyen-Orient, Europe de l'Est, Afrique) ou auprès de groupes de population dits «à problèmes», jeunes marginalisés, prisonniers ou encore pédophiles. Son rôle consiste alors à confronter les acteurs du conflit, par exemple l'assassin avec le conjoint ou le parent de la victime. L'objectif étant de permettre à l'un et à l'autre d'écouter et de parler «en girafe», de se connecter aux besoins de l'autre qui ne sont la plupart du temps que l'expression d'une souffrance et d'un désarroi profonds.
«On entend souvent dire qu'il ne sert à rien de punir, et on sait que c'est vrai.
Et pourtant, nos sociétés ne connaissent que ce mode de fonctionnement. Les prisons américaines (parmi d'autres) sont pleines à craquer, et nul ne sait que faire de ces détenus. Le bon ordre moral veut que le malfaiteur soit châtié: mais c'est totalement inutile», constate Rosenberg.
Il en va de même pour l'école: plus la discipline est «de fer» et plus les insoumis sont «corrigés», plus les chances de voir les rapports de violence s'installer sont grandes. Conscients de cette réalité, plusieurs pays ont déjà ouvert des écoles entièrement fondées sur les principes de la CNV, en Israël, en Palestine, en Italie, en Serbie et aux Etats-Unis.

Ne pas confondre: empathie et syndrome du sauveteur
Dans la démarche de la communication non violente, un élément primordial entre en considération, à savoir l'empathie. Ce terme a été utilisé un peu à toutes les sauces depuis plus d'une décennie et a donné lieu à de fausses interprétations.
Première règle d'or: «Lorsqu'on cherche à se mettre dans le rôle du guérisseur, on bloque la guérison.» La véritable empathie consiste à se dégager de la responsabilité de la douleur de l'autre et de la responsabilité de devoir guérir la douleur de l'autre. Pour qu'il y ait une connexion empathique, toute pensée doit être absente, seul importe le moment présent.
«Ma formation de psychologue clinicien m'a desservi dans ce domaine, parce qu'on m'avait appris à analyser. Lorsque j'ai découvert la puissance de l'empathie, je travaillais dans un hôpital psychiatrique. J'ai alors simplement cessé de lire les dossiers des patients», relève Marshall Rosenberg.
Une attitude empathique n'implique nullement qu'il faille parler, questionner. Un regard sans crainte, sans reproche suffira, tandis qu'on focalisera son attention sur le cœur de la personne, uniquement. Le sentiment de bien-être qui s'installe chez celui qui reçoit de l'empathie lui permettra alors d'exprimer besoins et demandes.


Une question d'éthique
Dans son introduction au livre de Marshall Rosenberg (lire encadré), Charles Rojzman écrit ceci: «Aujourd'hui, face aux dangers qui nous menacent, une nouvelle éthique est nécessaire: l'éthique du souci de soi, des autres, de tous les êtres vivants qui demandent à être protégés et soignés. D'une éthique de la responsabilité, de la sollicitude et de la compassion. Il nous faut comprendre que les changements institutionnels, politiques, économiques, si nécessaires, ne seront possibles que dans la mesure où les êtres humains accéderont à l'autonomie et à la responsabilité.»
Faire connaître la CNV et l'appliquer à l'ensemble de nos relations, c'est faire un pas vers un mode de vie dont les critiques, jugements, étiquettes, les «toujours» et les «jamais» sont bannis. C'est choisir un art de vivre qui permet d'écouter les autres sans ennui, sans colère, mais avec bienveillance et plaisir.


Pour en savoir plus
La version française du livre de Marshall B. Rosenberg: «Les mots sont des fenêtres (ou des murs) - Introduction à la communication non violente», publié aux éditions Jouvence en 1999.

Ce texte est tiré du portail Alchymed.com.

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Au delà du bien et du mal : Marshall Rosenberg sur la création d'un monde non-violent

Extraits d'une interview de Marshall Rosenberg réalisée par D. Killian et publiée sur le site de Planète Non-Violence à partir du texte original du mensuel The Sun n° 336 février 2003, Caroline du Nord USA.
 
Marshall Rosenberg
 

Killian :

"Votre méthode a pour but d'enseigner la compassion , mais celle-ci semble plus une façon d'être qu'une aptitude ou une technique. Peut-on vraiment l'enseigner?"


Rosenberg :

"Je dirais que c'est un trait naturel de l'homme. Notre survie en tant qu'espèce dépend de notre habilité à reconnaître que notre bien-être et le bien-être des autres sont en fait une seule et même chose. Le problème c'est qu'on nous enseigne des comportements qui nous déconnectent de cette conscience naturelle. Ce n'est pas tant que nous devons apprendre comment être avec la compassion, mais plutôt il nous faut désapprendre ce que l'on nous a enseigné et revenir à la compassion".

Killian :

"Si la violence est apprise, quand cela a -t-il commencé? Cela semble avoir toujours fait partie de l'existence humaine".

Rosenberg :

"Le théologien Walter Wink estime que la violence est la norme sociale depuis 8000 ans. C'est quand un mythe a évolué vers une version selon laquelle le monde a été créé par un dieu mâle héroïque et vertueux qui a battu la mauvaise déesse femelle - c'est à partir de là que nous avons eu l'image des bons tuant les méchants. Et cela a évolué vers une "justice de rétribution" qui dit qu'il y a ceux qui méritent d'être punis et ceux qui méritent d'être récompensés. Cette croyance a pénétré profondemment l'intérieur de nos sociétés. La plupart des cultures, pas toutes, ont été exposées à cette influence."

Killian :

"Vous avez dit que "mérite" est le mot le plus dangereux du langage. Pourquoi?"

Rosenberg :

"C'est à la base de la justice de rétribution. Pendant des milliers d'années nous avons fonctionné sous ce système qui dit que les gens qui commettent des méfaits sont mauvais - en fait que des êtres humains sont fondamentalement mauvais. Selon ce mode de pensée, un petit nombre de bonnes personnes ont évolué, et c'est à elles d'être les autorités et de contrôler les autres. Et la manière dont vous contrôlez les gens, puisque notre nature est mauvaise et égoiste, c'est à travers un système de justice dans lequel les gens qui se conduisent selon les bonnes manières sont récompensés tandis que ceux qui sont mauvais doivent souffrir. Pour que ce système soit perçu comme étant juste, on doit croire que les deux côtés méritent ce qu'ils reçoivent.

J'ai vécu au Texas et quand ils éxécutaient quelqu'un là-bas, les bons étudiants baptistes du collège local se rassemblaient en dehors de la prison et festoyaient. Quand on annonçait par haut parleur que le coupable avait été tué, il y avait de bruyants applaudissements et ainsi de suite. Quand vous avez un concept basé sur le bien et le mal, selon lequel les gens méritent de souffrir pour ce qu'ils ont fait, on prend plaisir à la violence".


Killian :

"Mais vous n'êtes pas opposé aux jugements?"


Rosenberg :

" Je suis tout à fait pour les jugements. Je ne pense pas que nous pourrions survivre très longtemps sans eux. Nous jugeons quelles nourritures nous apporteront ce dont nos corps ont besoin. Nous jugeons quelles actions vont satisfaire nos besoins. Mais je fait la différence entre des jugements qui servent la vie, qui concernent nos besoins, et des jugements moraux qui impliquent ce qui est bien ou mal."


Killian :

" Vous avez appelé à la place à une "justice réparatrice". En quoi est-ce différent? "

Rosenberg :

"La justice réparatrice est basée sur la question : comment rétablit-on la paix ? En d'autres termes, comment rétablit-on un état dans lequel les gens se soucient du bien-être des uns et des autres ? La recherche montre que les auteurs (de méfaits ndt) qui passent par l'expérience de la justice réparatrice ont moins de chance de répéter les comportements qui ont été à l'origine de leur incarcération. Et c'est beaucoup plus apaisant pour la victime que la paix soit rétablie que de voir simplement l'autre personne punie.

L'idée se répand. J'étais en Angleterre il y a un an pour présenter un discours inaugural à une conférence internationale sur la justice réparatrice. J'espérais qu'une trentaine de personnes viendraient. Je fus enchanté de voir plus de six cent personnes à cette conférence ".


Killian :

"Comment fonctionne la justice réparatrice?"

Rosenberg :

"Je l'ai vue fonctionner, par exemple avec des femmes qui avaient été violées et les hommes qui les avaient violées. Le premier pas consiste pour la femme à exprimer ce qu'elle veut que son attaquant comprenne. Maintenant, alors que cette femme a souffert presque chaque jour pendant des années depuis cette attaque, ce qu'elle exprime est plutôt brutal : "espèce de monstre ! j'aurai aimé te tuer "et ainsi de suite.

Ce que je fais alors c'est d'aider le prisonnier (
violeur ndt) à se connecter à la souffrance vivante à l'intérieur de cette femme, souffrance qui est le résultat des actions de celui-ci. Habituellement, ce qu'il veut faire c'est s'excuser. Mais je lui dit que s'excuser c'est trop facile, trop peu. Je veux qu'il répète ce qu'il a entendu dire. Comment sa vie à elle a été si bouleversée.

Quand il ne peut pas répéter, je joue son rôle à lui. A elle, je lui dit que j'entends sa souffrance derrière tous ses cris. Je lui montre à lui qu'en surface il y a la rage mais qu'en dessous il y a le desespoir d'une vie qui ne sera jamais plus la même. Et puis j'obtiens de l'homme qu'il répète ce que j'ai dit. Cela peut prendre 3, 4, 5 essais, mais finalement il entend l'autre personne. Déjà à ce moment là vous pouvez voir l'apaisement qui commence à se mettre en place, quand la victime obtient de l'empathie.


Puis je demande à l'homme de me dire ce qui se passe à l'intérieur de lui. Comment se sent-il ? Habituellement de nouveau il veut s'excuser. Il veut dire : "je suis un rat, je suis une saleté ". Et de nouveau j'obtiens qu'il creuse plus en profondeur. Et ceci est très effrayant pour ces hommes. Ils n'ont pas l'habitude de s'occuper de sentiments, encore moins de faire l'expérience de l'horreur de ressentir ce que c'est que d'avoir causé à un autre être humain une telle souffrance.


Quand nous avons dépassé ces deux premières étapes, bien souvent la victime crie : "comment avez-vous pu?" Elle est avide de savoir ce qui a pu pousser une autre personne à faire une telle chose. Malheureusement, la plupart des victimes avec lesquelles j'ai travaillé ont été encouragées à pardonner à leurs attaquants par des gens bien intentionnés. Ces personnes expliquent que le violeur a dû souffrir et a dû probablement avoir une enfance malheureuse. Et la victime essaie de pardonner mais cela n'aide pas beaucoup. Le pardon obtenu sans avoir d'abord passé par ces autres étapes, est superficiel. Cela supprime la souffrance.


Une fois que la femme a reçu de l'empathie, alors elle veut savoir ce qui s'est passé chez cet homme au moment ou il a commis cet acte. J'aide l'auteur de celui-ci à remonter jusqu'au moment de l'acte, et à identifier ce qu'il ressentait à ce moment là, quels étaient les besoins qui contribuaient à ces actes.


La dernière étape c'est de demander s'il y a quelque chose d'autre que la victime aimerait que l'auteur de l'acte fasse pour ramener la paix. Par exemple, elle pourra vouloir faire payer les notes de médicaments, ou elle pourra vouloir une restitution émotionnelle. Mais dés qu'il y a de l`empathie des deux côtés, c'est surprenant de voir comment rapidement ils commencent à s'occuper du bien être de l'un et l'autre".


Killian :

"Quels sont les "besoins" qui puissent expliquer qu'une personne viole une autre personne?"

Rosenberg :

"Cela n'a rien à voir avec le sexe, bien sûr. Cela a à voir avec la tendresse que les gens ne savent pas comment obtenir, et souvent confondent avec le sexe. Dans la plupart des cas, les violeurs eux-mêmes ont été victimes d'une certaine forme d'agression sexuelle, ou d'abus physique, et ils veulent que quelqu'un d'autre comprenne à quel point c'est horrible de se sentir dans ce rôle passif, faible. Ils ont besoin d'empathie, et ils ont employé des moyens dénaturés pour l'obtenir : en infligeant une souffrance similaire à quelqu'un d'autre. Mais le besoin est universel. Tous les êtres humains ont les mêmes besoins. Heureusement la plupart d'entre nous les satisfaisons de manière non destructrice pour les autres personnes et pour nous mêmes".

Killian :

"Nous avons longtemps cru en occident que les besoins devaient être régulés et déniés, mais vous suggérez l'opposé, qu'ils doivent être reconnus et satisfaits?"


Rosenberg :

"Je dirais que nous enseignons aux gens à dénaturer leurs besoins. Plutôt que d'éduquer les gens à prendre conscience de leurs besoins, nous leur enseignons à devenir dépendants de stratégies inefficaces pour les satisfaire. La consommation fait croire aux gens qu'ils vont les satisfaire en s'appropriant certaines choses. Nous enseignons que la vengeance est un besoin, alors qu'en fait c'est une stratégie défectueuse. La justice de rétribution est une stratégie médiocre. Mélangé à tout cela, il y a la croyance en la compétition, que nous ne  pouvons satisfaire nos besoins qu'au détriment des autres personnes. Non seulement cela, mais qu'en plus c'est héroique et plaisant de gagner, de vaincre quelqu'un d'autre.

C'est pourquoi c'est très important de faire la différence entre les besoins et les stratégies, et de faire voir aux gens qu'une statégie qui satisfait vos besoins aux dépends de quelqu'un d'autre ne satisfait pas tous vos besoins. Parce que chaque fois que vous vous comportez d'une façon qui blesse d'autres personnes vous finissez par vous faire mal à vous même. Comme a dit le philosophe Elbert Hubbard : " nous ne sommes pas punis pour nos péchés mais par eux".


TOUS LES ETRES HUMAINS ONT LES MEMES BESOINS. QUAND NOTRE CONSCIENCE SE CONCENTRE SUR CE QUI EST VIVANT EN NOUS, NOUS NE VOYONS JAMAIS UN ETRANGER DEVANT NOUS. D'AUTRES PERSONNES PEUVENT AVOIR DIFFÉRENTES STRATEGIES POUR SATISFAIRE LEURS BESOINS MAIS ILS NE SONT PAS DES ETRANGERS.


Que je travaille avec des drogués à Bogota en Colombie, ou des alcooliques aux Etats Unis, ou avec des maniaques sexuels dans des prisons, je commence toujours par leur dire, pour que cela soit bien clair pour eux, que je ne suis pas là pour leur faire arrêter ce qu'ils font.
Je leurs dis: "D'autres ont essayé, vous avez probablement essayé vous-mêmes, et cela n'a pas marché". Je leur dis que je suis là pour les aider à éclaircir les besoins qu'ils satisfont par ce comportement. Et une fois que nous avons éclairci leurs besoins, je leur enseigne des facons plus efficaces et moins dévastatrices de les satisfaire".

Traduction à des fins non commerciales MD pour Planete Non Violence. Copyright The Sun.

 

 

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